
Une conférence intitulée « Algérie, terre d’histoire et berceau de civilisation » s’est tenue vendredi 7 novembre à la grande salle Assia-Djebar du SILA, dans le cadre du programme culturel. Modérée par Abdelaziz Boukena, elle a réuni les professeurs Slimane Hachi, Mohamed Boudiaf et Mohamed Belghoul autour d’une réflexion dense sur la profondeur historique du pays et les fondements de sa civilisation.
Dans sa communication intitulée « La conférence des haltes », en référence à l’ouvrage de l’Émir Abdelkader Kitab El-Mawaqif, Slimane Hachi, directeur du Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH), est revenu sur les grandes étapes de la préhistoire en Algérie, estimant que ces moments « participent à la définition et à l’émergence d’une civilisation ».
Il a rappelé que « l’archéologie, l’anthropologie et la préhistoire sont des sciences illustratives » et précisé que l’Algérie est “plus petite qu’un continent et plus grande qu’un pays”, tant sa richesse historique est incommensurable.
S’appuyant sur des preuves archéologiques, historiques et anthropologiques, le Pr Hachi a entrepris de retracer « les grandes haltes de l’histoire du pays », depuis le plus ancien gisement d’Aïn Hanech, près de Sétif, daté de 2,4 millions d’années, jusqu’aux sites préhistoriques du Hoggar.
Il a ensuite évoqué Tighennif, à Mascara, « le plus ancien gisement ayant livré Homo erectus », puis Afalou Bou Rmel, entre Béjaïa et Jijel, « qui a révélé les plus anciennes manifestations artistiques d’Afrique, et parmi les plus anciennes du monde ».
Ces figurines en terre cuite, datées entre 15 000 et 20 000 ans, constituent, selon lui, « l’invention de l’art, la première représentation animale et humaine du continent ». « Dans cette grotte, on a trouvé des sépultures, ce qui confirme la naissance du principe métaphysique chez l’homme : c’est l’invention de la nécropole, de la notion de société, de hiérarchie, de groupe, mais aussi de l’identité », a-t-il souligné.
Le chercheur a également projeté des images de gravures rupestres témoignant, selon lui, de « la conscience du monde, qui se concrétise par la représentation — ou re-présentation ».
Évoquant les monuments funéraires et les différentes formes d’expression artistique, il a décrit une évolution continue de la pensée symbolique, « de la peinture figurative réaliste à la peinture stylisée, puis à la peinture kinésique, où le mouvement devient signe et mémoire ».
Il a ajouté que certaines œuvres rupestres « annoncent déjà des formes de tachisme », un procédé consistant à créer des images à partir de taches de couleur, « que l’on retrouve dans l’art moderne occidental, jusqu’à Picasso ».
Prenant la parole à son tour, Mohamed Boudiaf, inspecteur du patrimoine culturel à l’Office du Parc culturel du Tassili N’Ajjer et chercheur en préhistoire, a présenté la richesse du patrimoine matériel et immatériel de cette région du Sud, rappelant que l’Imzad et la Sebeiba sont inscrits au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO.
Il a insisté sur l’importance de préserver ces pratiques ancestrales, véritables témoins d’une mémoire collective encore vivante.
De son côté, Mohamed Belghoul, inspecteur principal à l’Office national du parc culturel de l’Ahaggar, a mis en avant « l’originalité du parc, la diversité de ses paysages et l’importance de sa biodiversité », soulignant le lien indissociable entre environnement, culture et civilisation.
Il a également insisté sur la nécessité de renforcer les capacités locales, d’impliquer les acteurs du territoire et de valoriser les savoirs et savoir-faire traditionnels, notamment pour la préservation d’espèces menacées, comme le guépard saharien.
La rencontre s’est conclue sur un constat partagé : l’Algérie occupe une place singulière dans l’histoire de l’humanité.
Par la densité de ses vestiges, la continuité de ses traditions et la vitalité de ses expressions culturelles, elle apparaît comme un territoire fondateur, où se sont forgés, au fil des millénaires, les premiers signes d’identité, de pensée et de civilisation.