
Le livre unit les hommes et enrichit les civilisations
Depuis plus d’un quart de siècle, l’Algérie célèbre le Livre de la même manière qu’elle célèbre les grandes fêtes nationales. C’est un rendez-vous annuel que les Algériens attendent avec passion et fierté, car il ne s’agit pas d’une simple manifestation culturelle, mais d’une fête nationale de la connaissance, un moment où les cœurs et les esprits se rencontrent autour de la Parole, et autour des valeurs de beauté, de sagesse et de liberté qu’elle véhicule.
Le Salon International du Livre d’Alger (SILA) est devenu un événement charnière dans le paysage culturel national, arabe et africain, tant par son ampleur, son impact que par sa profondeur humaine. Il est un miroir qui reflète la place culturelle de l’Algérie dans le monde, et une plateforme où les créateurs de différents continents se rencontrent pour écrire ensemble de nouveaux chapitres dans la marche de la pensée humaine commune.
La précédente édition a enregistré un record sans précédent dans l’histoire du Salon, attirant plus de 4,5 millions de visiteurs sur la durée de l’événement, dans un spectacle culturel rare. De plus, le nombre de visiteurs sur une seule journée, le mercredi 13 novembre, a atteint environ 800 000, un chiffre exceptionnel qui témoigne de la place qu’occupe désormais ce rendez-vous dans le cœur des Algériens, et confirme que la lecture demeure un acte de vie et de résistance face à la futilité et à l’oubli.
Par ailleurs, la page Facebook officielle du Salon a réalisé plus de 2,1 millions de vues pendant la période de l’exposition, une performance numérique qui confirme que le « SILA » n’est plus seulement un événement local ou arabe, mais une plateforme de communication internationale exprimant la vitalité culturelle de la Nouvelle Algérie.
Le succès ne s’est pas limité à l’affluence populaire, il a également englobé la présence professionnelle et médiatique, puisque plus de 1000 exposants de cinquante pays, représentant des maisons d’édition et des institutions culturelles d’Afrique, d’Asie, d’Europe et du monde arabe, y ont participé. Cette présence a été accompagnée d’un programme culturel riche comprenant des centaines de colloques, rencontres et ateliers, animés par plus de 400 écrivains, universitaires et penseurs d’Algérie et de l’étranger.
Le « SILA » est aujourd’hui le plus grand événement culturel en Algérie, et compte parmi les plus grandes foires du livre en Afrique et dans le monde arabe, offrant des opportunités de rencontres et d’échanges d’expériences entre éditeurs, écrivains et lecteurs. Ce n’est pas seulement un espace d’exposition de livres, mais un laboratoire d’idées et un terrain de dialogue entre les cultures.
L’une des plus belles caractéristiques du Salon est qu’il conserve son caractère populaire et social, l’entrée restant gratuite, malgré les défis organisationnels et financiers. Cette gratuité n’est pas une simple mesure administrative, mais une position culturelle et humaine qui reflète la conviction de l’État algérien quant au droit de tout citoyen d’accéder à la connaissance sans barrières. Le Salon, en ce sens, est le visage culturel d’une Algérie qui croit au livre comme outil d’illumination et de libération, et qui place la culture au cœur de son projet de développement national.
Parmi les signes les plus marquants de la richesse du Salon, il y a l’immense diversité des titres exposés, qui a atteint près de 300 000 titres lors des dernières éditions, couvrant divers domaines littéraires, scientifiques, artistiques et intellectuels. Du roman, de la poésie et de la critique à la philosophie, l’histoire, les sciences et les technologies, des livres pour enfants à la bande dessinée et aux livres de cuisine, le visiteur se trouve devant une bibliothèque mondiale ouverte.
La pluralité linguistique exprime également la richesse de l’identité culturelle algérienne et son ouverture. Les langues nationales – l’arabe et l’amazigh – jouissent d’une place établie, aux côtés du français, de l’anglais, de l’espagnol, de l’allemand, de l’italien, du russe et d’autres, reflétant la dynamique de l’éducation et de l’ouverture culturelle en Algérie. Les dernières années ont connu un développement qualitatif de l’édition en langue amazighe grâce aux efforts du Haut-Commissariat à l’Amazighité et à l’émergence de nouvelles maisons d’édition qui ont contribué à consolider cette dimension de l’identité nationale.
La culture sur papier n’est plus le seul espace d’accueil du livre. Le commissariat du Salon a accompagné l’évolution numérique en lançant le programme de podcast « Kitab Maftouh » (Livre Ouvert), qui documente les événements et les dialogues intellectuels, les rendant disponibles en contenu sur les plateformes numériques, en plus de la couverture en direct des colloques sur Internet. Cette étape représente un saut qualitatif dans l’histoire du Salon, qui est passé d’un événement spatial à un espace interactif permanent, reliant le livre à la nouvelle génération de lecteurs qui vivent dans le monde numérique.
À chaque édition, le Salon a coutume d’honorer un pays ami comme invité d’honneur, exprimant ainsi l’esprit d’ouverture culturelle et de dialogue civilisationnel. Après avoir accueilli des pays du monde arabe, d’Afrique, d’Asie et d’Europe, et dans la continuité de cette noble tradition, nous avons l’honneur, pour la 28e édition, de célébrer un pays cher et frère : la République Islamique de Mauritanie.
Le choix de la Mauritanie comme invitée d’honneur est un renouvellement du pacte culturel entre deux pays unis par l’histoire, la langue, la religion et le sentiment. Les liens entre l’Algérie et la Mauritanie sont profondément enracinés dans la mémoire commune, s’étendant des caravanes qui traversaient le désert, chargées de manuscrits et d’érudits, aux relations contemporaines qui unissent les penseurs et les écrivains des deux pays. Dans ce cadre, le Salon organise un colloque international sur les références culturelles communes entre l’Algérie et la Mauritanie, avec la participation d’une élite de professeurs mauritaniens distingués, dont le journaliste et diplomate Mohamed Salem Ould Soufi, le professeur Baba Mohamed Yahya, et le Dr. Mohamadou Al Mourabit Ajid. Ce colloque vise à approfondir le dialogue académique entre les deux pays et à mettre en lumière le rôle historique du Grand Sahara en tant que pont de communication scientifique et humain, et non comme une barrière séparant les peuples. Notre célébration de la Mauritanie est une célébration de la prolongation naturelle de la culture algérienne dans l’espace africain et arabe, et une reconnaissance du patrimoine civilisationnel commun qui nous unit et enrichit notre diversité.
L’Algérie a offert au monde des symboles immortels de la pensée humaine, de Saint Augustin, Apulée et Juba II, à Ibn Khaldoun et Abdelkrim El Maghili, de l’Émir Abdelkader et Ibn Badis à Malek Bennabi, Mohammed Arkoun, Assia Djebar et Tahar Ouettar.
Ces figures et d’autres ont incarné l’esprit pensant et créatif de l’Algérie, qui allie authenticité et ouverture, localité et universalité, pensée et positionnement. Ce grand héritage civilisationnel continue d’inspirer de nouvelles générations de créateurs algériens qui voient dans le Livre un espace de résistance, de création et de renaissance.
Le Salon a choisi pour cette édition le slogan « Le livre, carrefour des cultures » pour ses significations et son symbolisme, car le Livre est le pont de la communication, de la compréhension, de la coexistence et de la lutte contre la discrimination raciale et la haine. Par conséquent, le slogan de cette édition n’exprime pas un événement passager, mais une vision intégrée : une vision qui croit que le dialogue avec l’autre n’affaiblit pas l’identité, mais la renforce, et que la culture, lorsqu’elle s’ouvre au monde, gagne en enracinement et en influence. C’est ce qui est incarné dans le programme riche de cette édition, qui se concentre sur le renforcement des valeurs de citoyenneté et de vivre-ensemble…
Le plus grand pari que porte aujourd’hui le Salon est d’ancrer l’habitude de la lecture dans la société algérienne, à travers des initiatives éducatives et culturelles destinées aux enfants et aux jeunes. L’espace enfant au Salon est devenu une tradition annuelle, où sont présentées des histoires et des activités éducatives et expérimentales, faisant du livre un ami précoce des nouvelles générations. Le commissariat du Salon travaille également à encourager les jeunes éditeurs et écrivains, et à accompagner la transformation de l’industrie du livre à travers des ateliers de formation et d’échange professionnel, car l’avenir de la lecture est lié à notre capacité à renouveler les outils d’édition et de distribution, et à rendre le livre accessible à tous, sous format papier et numérique.
Le Salon, pour sa vingt-huitième édition, n’est pas seulement un nouveau numéro dans la série des éditions, mais une affirmation d’un message culturel et humain noble : le livre restera toujours le pont qui relie les esprits, et le pouls qui ravive le dialogue entre les nations. Le livre est la mémoire des patries et la conscience de l’humanité, et la lecture est l’acte qui maintient l’Homme libre et éclairé.
Que le Salon International du Livre d’Alger, pour cette édition, soit une fête renouvelée de la Parole, de la Culture et de la Patrie, une fête où l’Algérie célèbre son être, son histoire antique et son avenir radieux, et affirme au monde que les peuples qui lisent ne sont pas vaincus, mais construisent, créent et éclairent le chemin des autres.