Quand le Parlement se met à la portée du public..Au SILA, les institutions dialoguent sur la complémentarité des pouvoirs

Pour la première fois, le Parlement algérien s’invite au Salon international du livre d’Alger (SILA). Dans un espace commun aux deux chambres, députés et membres du Conseil de la nation sont venus à la rencontre du public pour expliquer, débattre et faire connaître le rôle de l’institution législative dans la vie politique du pays.
Mercredi 5 novembre, la salle Assia-Djebar a ainsi accueilli une conférence sur un thème au cœur de l’équilibre démocratique : la complémentarité entre le Parlement, l’Exécutif et les autres institutions constitutionnelles.

Une pédagogie du pouvoir partagé

Loin d’un débat purement juridique, la rencontre a pris la forme d’un échange didactique. Les parlementaires présents ont voulu montrer que la complémentarité entre les pouvoirs ne s’oppose pas à leur séparation. Elle en constitue, au contraire, la garantie.
Le vice-président du Conseil de la nation, Mourad Lakhal (RND), a rappelé que cette relation vise avant tout « la réalisation de l’intérêt général », à travers la coopération entre législation et exécution. « La démocratie repose sur l’entraide, l’équilibre et la confiance entre les institutions », a-t-il souligné, en citant le discours du président de la République du 29 décembre 2024, qui appelait à « un dialogue constant dans la gestion des affaires publiques ».

Une séparation des pouvoirs souple et fonctionnelle

Pour Hichem Benhaddad, député du MSP, cette complémentarité ne doit pas être confondue avec une dépendance. « Le Parlement doit préserver sa mission de contrôle, tout en collaborant avec l’Exécutif dans la mise en œuvre des politiques publiques », a-t-il précisé.
Il a rappelé que la Constitution algérienne privilégie une « séparation souple » des pouvoirs, fondée sur la concertation plutôt que sur la confrontation.

Même approche chez Issam Nechma, président du groupe parlementaire du Front El Mostaqbal au Conseil de la nation, pour qui « la coopération entre le Parlement et les autres institutions constitutionnelles, notamment la Cour constitutionnelle et la Cour des comptes, renforce la transparence et la rigueur législative ». Les rapports de ces institutions, a-t-il ajouté, « constituent des outils essentiels pour le contrôle parlementaire, en particulier dans l’examen du budget et des lois de finances ».

Un Parlement qui s’ouvre sur le monde

La question de la diplomatie parlementaire a également occupé une place centrale dans les échanges.
Le sénateur Kamel Khelifati (FLN), membre de l’Union interparlementaire, a décrit cette diplomatie comme « un levier stratégique de la politique étrangère », soulignant qu’elle s’inscrit dans la tradition de la diplomatie algérienne, « fondée sur les principes plutôt que sur les intérêts ».
Son collègue Abdelkader Berriche (Mouvement El Bina) a abondé dans le même sens : « La diplomatie parlementaire est le prolongement populaire de la diplomatie officielle. Elle donne une voix directe aux représentants du peuple dans les forums internationaux. »

Les deux élus ont rappelé que le Parlement algérien est désormais pleinement impliqué dans les grands dossiers mondiaux — changements climatiques, migrations, crime transfrontalier — grâce à la constitutionnalisation du rôle diplomatique du Parlement.

Le SILA, vitrine citoyenne des institutions

Au-delà du contenu du débat, la présence du Parlement au SILA marque une évolution symbolique : celle d’un pouvoir législatif qui se veut plus proche des citoyens.
Pour les organisateurs, la participation à ce grand rendez-vous culturel est « une manière de faire connaître l’institution parlementaire, ses missions et ses hommes ». C’est aussi, pour la première fois, l’occasion de réunir l’Assemblée populaire nationale (APN) et le Conseil de la nation dans un stand commun, vitrine d’un même espace démocratique.

À travers ce dialogue ouvert, le Parlement algérien cherche à redéfinir son image : non plus celle d’une institution lointaine et austère, mais celle d’un acteur vivant du débat public, soucieux de transparence et de pédagogie citoyenne.

Déclaration : Djallal Boughandjour, membre du Conseil de la Nation 

« Nous avons été pendant l’exercice de notre mandat dans la complémentarité et pas seulement dans

nos missions de contrôle de l’action du gouvernement, l’objectif étant d’adopter des textes qui

répondront aux projections des autorités et qui répondent aux préoccupations des citoyens. Dans ce

sens, notre action au niveau du Conseil de la nation a été toujours guidée par le souci de la

complémentarité institutionnelle en adoptant, après débat bien entendu et dans un esprit de

responsabilité, les projets de loi que nous soumet l’Exécutif. »